Discours du Président de la République au Fonds Monétaire International (FMI)

Le 11 novembre 2016

Madame le Directeur général du Fonds Monétaire International,

Mesdames, Messieurs les Administrateurs,

Mesdames, Messieurs,

Je tiens d’abord à vous remercier, Madame Lagarde, pour votre invitation et vos propos aimables. C’est toujours un plaisir que de vous revoir.

Merci à vous tous, Madame Lagarde, Mesdames Messieurs les Administrateurs, pour votre accueil et le travail important que vous menez pour des économies viables dans un contexte mondial difficile.

J’ai voulu répondre à votre invitation parce que le Sénégal entretient avec le FMI des relations confiantes, qui se sont consolidées ces dernières années par le succès des réformes économiques que nous conduisons avec votre soutien.

Le Sénégal apprécie toujours les conseils et l’assistance technique du FMI dans l’exécution de son programme de réformes appuyé par l’Instrument de Soutien à la Politique Economique du FMI (ISPE).

L’ISPE est en harmonie avec le Plan Sénégal Émergent (PSE), la nouvelle stratégie de développement économique et social que nous avons lancée en février 2014 en vue d’accélérer les performances du Sénégal pour en faire une économie émergente à l'horizon 2035, avec un taux de croissance moyen annuel de 7% sur la durée.

Le PSE est l’aboutissement d’un long processus :

  • d’abord à travers mes différentes visites sur le terrain, pendant trois ans, alors que je n’étais pas encore au pouvoir, dans les hameaux les plus reculés du pays profond, au contact des populations isolées des grands centres urbains, pour cerner leurs besoins ;
  • ensuite, à partir d’un diagnostic  approfondi de notre économie, établi par nos experts et élargi à différentes composantes socio professionnelles, y compris le secteur privé, la société civile, mais aussi nos partenaires techniques et financiers.

Le PSE s’appuie sur les secteurs stratégiques des infrastructures, de l’énergie, de l’agriculture, des mines, des TIC, de l’habitat et du tourisme.

Il repose sur trois axes :

  • premièrement, la transformation structurelle de l’économie sénégalaise ;
  • deuxièmement, le capital humain : éducation et formation, santé, protection sociale (CMU, Bourses de Sécurité Familiale) ;
  • troisièmement, la gouvernance, la paix et la sécurité.

Après deux années de mise en œuvre, les performances du PSE sont encourageantes, avec notamment :

  • un taux de croissance du PIB de 6,5% en 2015 et en projection d’au moins 6,6 % et 6,8% en 2017 ;
  • une faible inflation ;
  • la réduction significative du déficit budgétaire et de celui du compte courant de la balance des paiements, grâce à des efforts soutenus de rationalisation des dépenses de fonctionnement et de mobilisation des ressources internes.

Avec le PSE, de grands projets structurants voient le jour, dont un nouveau pôle urbain à 30 Km de Dakar, une deuxième autoroute à péage en construction, un nouvel aéroport en cours de finition à 50 km de Dakar, le lancement prochain d’une ligne de Train Express Régional reliant Dakar au futur aéroport et deux nouvelles centrales solaires de 20 MW chacune, déjà opérationnelles, sur neuf projets d’énergie renouvelable (solaire et éolienne) que nous réaliserons d’ici 2018, pour 350 MW au total.

Nous sommes en effet résolument engagés dans une politique de mix énergétique, en harmonie avec l’Accord de Paris sur le climat.

Mais au-delà de l’objectif d’émergence, mon ambition est surtout de répondre à la question de savoir à qui profite la croissance. Pour y arriver, il faut d’abord une croissance de qualité, qui génère de l’emploi et des revenus, et favorise un développement solidaire et inclusif. C’est ce que nous appelons « Le Sénégal de tous, le Sénégal pour tous ».

C’est pourquoi j’ai lancé en juillet 2015 l’initiative dite Programme d’Urgence de Développement Communautaire (PUDC), dédiée aux zones rurales les plus défavorisées, avec quatre volets : énergie, hydraulique (forages multi villages), pistes de désenclavement et fournitures d’équipements pour alléger la pénibilité des travaux des femmes en milieu rural.

Le PUDC est complété par le Programme d’Urgence de Modernisation des Axes Frontaliers (PUMA) une initiative dédiée à nos localités  excentrées et démunies.

En milieu urbain, nous développons le Programme de Modernisation des Villes, axé sur des travaux à haute intensité de main d’œuvre : assainissement, voierie et éclairage public.

La gouvernance inclusive et la lutte contre la pauvreté ne sont pas seulement une nécessité sociale mais aussi un impératif sécuritaire, parce que la pauvreté fragilise les fondements de la société, crée des risques d’instabilité et d’extrémisme violent. 

Madame le Directeur général,

Mesdames, Messieurs,

J’aimerais aussi vous faire part des nouvelles perspectives de développement qui s’ouvrent pour notre pays avec d’importantes découvertes de pétrole et de gaz que nous venons de faire.

Notre stratégie dans ce domaine est basée sur une approche prudente, pour éviter à notre pays ce qu’on appelle communément « la malédiction du pétrole » et pour ne pas compter sur une « économie de rente », non diversifiée, et donc moins résiliente.

C’est pourquoi, en plus de l’adhésion du Sénégal à l’Initiative pour la Transparence des Industries extractives, j’ai mis en place un Comité d’Orientation stratégique du Pétrole et du Gaz, (COS-PETROGAZ), chargé d'assister le Président de la République et le Gouvernement  dans la définition, la supervision, l'évaluation et le contrôle de la mise en œuvre de la politique de l’Etat en matière de développement de projets pétroliers et gaziers.

Nous voulons établir une exploitation transparente de ces ressources, qui sécurise l’investissement en tenant dûment compte des intérêts des populations et de l’Etat. Et nous sommes ouverts à toute expertise que des partenaires comme le FMI pourraient nous apporter dans ce domaine ; en particulier dans la négociation des accords pétroliers ou gaziers.

Ma vision est celle d’un Sénégal qui se développe non par l’aide, au demeurant en chute libre, mais  par ses propres efforts, le travail, l’investissement, les partenariats et la mobilisation des ressources internes, fiscales notamment.

Il est donc important de lutter sans relâche  contre les flux financiers illicites et de poursuivre la révision des règles du système fiscal international, avec le projet de lutte contre l’Erosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices (BEPS), où le FMI joue un rôle important de concert avec l’OCDE et la Banque Mondiale.

De notre point de vue, la première mesure de lutte contre l’évasion fiscale doit consister à faire payer la fiscalité là où se crée la richesse, c’est-à-dire dans les pays où les compagnies mènent leurs activités et tirent leurs profits. A mon sens, le FMI doit continuer à jouer un rôle de premier plan dans le BEPS, dont le combat est loin d’être gagné.

Ce faisant, et avec l’élection de tous les 24 membres de son Conseil d’administration du FMI par l’ensemble des pays membres de l’Institution, le doublement des quotes-parts et l'inclusion du Renminbi dans le nouveau panier des DTS, le FMI renforce sans nul doute la qualité de sa gouvernance et la légitimité de son processus décisionnel.

C’est par sa politique d’ouverture et d’accompagnant envers tous les pays, ceux en développement en particulier, que le FMI consolidera davantage la perception positive de son image auprès des populations ; à l’opposé du procès d’intention qui veut l’assimiler au rôle de « gendarme » des économies nationales.

La synergie des efforts est d’autant plus nécessaire que le monde continue de faire face à des défis multiples, complexes et interdépendants : insécurité,  changement climatique, criminalité de toutes sortes, y compris les flux financiers illicites et l’émigration clandestine.

Je crois également que de nouveaux mécanismes plus souples devraient être conçus pour accompagner les pays ayant atteint un certain degré de stabilité macroéconomique et qui font preuve d’efforts considérables dans la conception la mise en œuvre et l’évaluation de projets de développement.  

Des pays comme les nôtres ont besoin de financements longs pour exécuter des projets structurants pour asseoir sur la durée leur processus de développement.

J’ai souvenance qu’au Sommet du G20 d’Antalya, la Banque Mondiale avait annoncé la création d’un Mécanisme mondial de financement des infrastructures destiné à mobiliser les investissements publics et privés afin d’apporter de nouvelles réponses au déficit d’infrastructures.

Dans cet esprit, il serait indiqué de voir comment assouplir la politique du FMI en matière de plafonnement de l’endettement et celle de la Banque sur le recours aux prêts non concessionnels pour élargir le spectre des possibilités de mobilisation des ressources.

Il me semble tout aussi opportun de revisiter la Déclaration de Paris de 2005, pour améliorer les conditions d’octroi de l’aide publique au développement, notamment les procédures, les modalités de décaissements et d’utilisation pour une plus grande efficacité de l’aide.

Le FMI s'est beaucoup remis en question après les crises financières successives. Il a amélioré ses outils d'analyse et ses mécanismes de contrôle indépendant ; renforçant ainsi sa vocation stabilisatrice du système financier international et d'accompagnement des pays membres.

Il faut saluer et encourager cette capacité d’adaptation du FMI, puisque les réalités, les besoins et défis d’aujourd’hui ne sont plus ceux des années 1944.

Je reste convaincu que quelle que soit l’ampleur des mutations, nous pouvons contribuer, par le dialogue et la concertation, aux efforts communs de réflexion et d’innovation pour bâtir une économie mondiale plus prospère et plus équitable.

C’est le sens même de ma présence parmi vous. Je vous remercie de votre attention.

Macky Sall
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