Souveraineté alimentaire : le Président Bassirou Diomaye Faye appelle à un Pacte national fondé sur la science et l’innovation

Discours - 21 MONTHS.JULY 2026


Ce 21 juillet, le Président de la République, Son Excellence Monsieur Bassirou Diomaye Diakhar Faye, a présidé la séance académique solennelle de l'Académie nationale des Sciences et Techniques du Sénégal, consacrée à la souveraineté alimentaire durable, au nom de la dignité.




Devant la communauté scientifique nationale et les hauts dirigeants des Académies africaines sœurs, le Chef de l'État a inscrit cette ambition au cœur de l'Agenda national de Transformation Sénégal 2050 : bâtir un système alimentaire résilient, capable de nourrir dignement et durablement notre peuple. Produire davantage ce que nous consommons, consommer davantage ce que nous produisons.
Refusant une dépendance alimentaire structurelle qu'il a jugée « coûteuse et risquée », le Président a lancé un appel solennel à un Pacte national de souveraineté alimentaire, adossé à la science, à la technologie et à l'innovation, et porté par la responsabilité conjointe de l'État, des chercheurs, des femmes et des jeunes producteurs, ainsi que du secteur privé.
Saluant l'Académie comme la véritable conscience scientifique de la Nation, le Chef de l'État a alerté sur le recul préoccupant des sciences dans notre système éducatif et annoncé l'institution d'un Concours national de Mathématiques, Sciences et Technologie, de l'élémentaire au secondaire, afin de raviver chez nos enfants le goût du savoir.
Une conviction porte cette vision : transformer les vulnérabilités d'aujourd'hui en opportunités de demain, pour un Sénégal nourricier, dans la souveraineté, la prospérité et la dignité.





Retrouvez ci-dessous l'intégralité de l'allocution du Chef de l'État :
Dakar, le 21 juillet 2026 - Seul le prononcé fait foi

Monsieur le Premier Ministre ; -Monsieur le Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation ; -Mesdames, Messieurs les Ministres ; -Mesdames, Messieurs les membres du Corps diplomatique et Représentants d’Organisations internationales, -Monsieur le Président de l’Académie nationale des Sciences et Techniques du Sénégal ; -Mesdames, Messieurs les Hauts Dirigeants des Académies de pays africains frères ; -Mesdames, Messieurs les Académiciens ; -Chers membres de la communauté scientifique ; -Honorables invités ; -Mesdames, Messieurs, C’est avec un profond respect pour la science et une grande considération pour les éminents membres de l’Académie nationale des Sciences et Techniques du Sénégal que je me tiens parmi vous aujourd’hui. Cette séance académique solennelle est un moment privilégié de communion entre le Chef de l'État et la communauté scientifique nationale, réunie pour échanger sur une thématique décisive pour le présent et l'avenir de notre pays. Cette année, notre rencontre est consacrée à un enjeu vital pour la Nation, à savoir la souveraineté alimentaire du Sénégal. Cette thématique occupe une place déterminante dans l’Agenda national de Transformation Sénégal 2050, pour lequel nous avons fait le choix d’un modèle de développement endogène, productif et inclusif. Fondamentalement, il s’agit de bâtir un système alimentaire résilient face aux chocs climatiques et économiques, apte à nourrir dignement et durablement sa population. L'ambition tient en une formule simple : permettre à nos concitoyens de produire davantage ce qu'ils consomment, et de consommer davantage ce qu'ils produisent. D'ici à 2050, par une transformation systémique, nous voulons faire du Sénégal, un pays où la souveraineté alimentaire est une réalité. Cette souveraineté ne sera ni un slogan, ni une simple politique sectorielle. Elle consiste concrètement à transformer en profondeur la logique de production agricole, à travers notamment : • la mutation des systèmes agroalimentaires vers plus d'efficience et de résilience, en accordant une place majeure à la diversification des productions - qu'elles soient d'origine végétale, animale ou halieutique ; • la rationalisation des chaînes de valeur locales, par un conditionnement adéquat, une transformation judicieuse et une réduction drastique des pertes, en amont comme en aval de la production primaire, en lien avec la modernisation des équipements et des infrastructures agricoles ; • la parfaite maîtrise des intrants - engrais, semences, systèmes d'irrigation, technologies - par l'exploration de toutes les opportunités qu'offrent l'agriculture de précision et l'intelligence artificielle. Mesdames, Messieurs, La souveraineté alimentaire ne se réduit pas à la disponibilité des denrées. La malnutrition chronique touche encore des milliers d'enfants, tandis que persistent les carences en micronutriments et que progresse le surpoids. C'est assez dire que la transition nutritionnelle est un défi majeur à relever. Dès lors, notre stratégie nationale de souveraineté alimentaire ne saurait se limiter à la disponibilité des denrées. Elle doit plutôt s’employer à garantir, à chaque Sénégalaise et à chaque Sénégalais, un accès durable à une alimentation saine, diversifiée, nutritive et culturellement acceptable. Naturellement, l’ambition de faire reculer toutes les formes de sous-alimentation et de malnutrition suppose une mobilisation collective. A cet égard, nous accordons une attention particulière aux femmes et aux jeunes qui représentent la principale force de transformation de notre système agricole, constituant ainsi un levier essentiel de notre souveraineté alimentaire. Mesdames, Messieurs, La souveraineté, qu'elle soit alimentaire ou de toute autre nature, ne se décrète pas ; elle se construit, méthodiquement, sur trois piliers essentiels :

La mobilisation des acquis de la science, de la technologie et de l'innovation, face à l'intensification des sécheresses, des inondations, de la salinisation des terres et au dérèglement des saisons agricoles. • La transformation structurelle et productive de notre économie, singulièrement dans les secteurs de la production, de la valorisation, du transport et de la distribution agroalimentaires. • L'implication de tous - chercheurs, scientifiques et techniciens, producteurs et opérateurs privés - au plan national comme dans nos terroirs. Sous ce rapport, nous devons avoir une claire conscience que l’Agenda national de Transformation Sénégal 2050 qui sous-tend la Stratégie nationale de Souveraineté alimentaire doit étroitement reposer sur la valorisation et l’optimisation des progrès significatifs de la Science, de la Technologie et de l’Innovation. Je veux, à ce propos, saluer le rôle éminent de l’Académie nationale des Sciences et Techniques du Sénégal, véritable conscience scientifique de notre pays. Au fil de ses travaux et des décennies, elle a su maintenir une parole scientifique indépendante, constructive, rigoureuse et responsable, au service d'un développement intégral et durable du Sénégal. J'invite notre diaspora scientifique à contribuer davantage à cet effort national, par son expertise et ses réseaux internationaux. J'encourage à cet égard l'Académie à poursuivre son programme « Vitrine de la diaspora scientifique », qui renforcera la synergie et le partenariat entre nos institutions d'enseignement supérieur et de recherche. Nous appelons de nos vœux le renforcement des partenariats scientifiques et technologiques avec les Académies africaines et internationales, afin de mutualiser les connaissances et d’accélérer les innovations adaptées à nos réalités. A ce titre, nous saluons la belle initiative de l’Académie nationale des Sciences et Techniques du Sénégal d’inviter à cette cérémonie plusieurs hauts dirigeants des Académies sœurs d’Afrique, à qui je souhaite la cordiale bienvenue en terre Sénégalaise. Chers Académiciens, La qualité de vos analyses retient toute mon attention : sur la fragmentation historique de nos politiques agricoles et les fragilités de nos systèmes alimentaires, sur l'ampleur des pertes post-récolte et la faiblesse de la transformation locale, comme sur la nécessité d'une gouvernance intégrée, fondée sur la synergie de toutes les parties prenantes. J'y ajoute vos réflexions sur la restauration de nos sols dégradés, la valorisation de nos savoirs endogènes et le meilleur ancrage territorial de nos politiques publiques. Ces constats, dont la pertinence n'a d'égale que la lucidité, rejoignent pleinement nos préoccupations et guident notre action commune. Comme nombre de pays africains, le Sénégal demeure confronté à une dépendance alimentaire structurelle, coûteuse et risquée. C'est le paradoxe si bien documenté dans la brillante adresse du Professeur Guiro que nous venons d'entendre : celui d'un pays au potentiel agro-sylvo-pastoral et halieutique considérable, et pourtant fortement tributaire des importations. Cette situation, j’en conviens avec vous, n’est plus soutenable car elle constitue une vulnérabilité stratégique, mais aussi un défi historique que nous devons relever, tous ensemble, avec ambition et méthode. C'est pourquoi j'appelle à un Pacte national de souveraineté alimentaire, fondé sur la science, la technologie et l'innovation, sur la responsabilité collective et sur l'action concertée de l'État avec les chercheurs, les femmes et les jeunes producteurs, ainsi que le secteur privé. Dans cette ambition, l'Académie doit demeurer un pilier essentiel. Je reste, pour ma part, favorable à une convergence forte entre l'État et l'Académie, afin de mieux asseoir nos politiques publiques sur la science - tant pour leur formulation que pour leur évaluation. Ensemble, nous avons la responsabilité de transformer les vulnérabilités d’aujourd’hui en opportunités de demain et de promouvoir un Sénégal nourricier, dans la souveraineté, la prospérité et la dignité. Mesdames, Messieurs, Je voudrais aussi saisir le cadre que nous offre cette rencontre pour magnifier le patriotisme et l’excellence scientifique qui caractérisent les Académiciens. Je les encourage à continuer d'éclairer, d'orienter, d'anticiper et d'accompagner l'action de l'État, dans la formulation, la mise en œuvre et l'évaluation des politiques publiques. Monsieur le Président de l’Académie nationale des Sciences et Techniques du Sénégal, Mesdames, Messieurs les Académiciens, Pour ma première rencontre publique avec vous, je tiens particulièrement à mettre le doigt sur un problème critique de notre système éducatif, à savoir la constante et dangereuse détérioration de la place de la science et de la technologie, à l’ère du numérique et de l’intelligence artificielle. C’est ainsi qu’une série d’excellence comme la série S1, mathématique et physique, est quasiment en voie de disparition. Du haut de cette tribune, j’appelle à une prise de conscience portée par la communauté scientifique et technique pour que nous relevions le défi de la science et de la technologie. Je charge l’Académie des Sciences et Technique du Sénégal de porter ce noble combat. Je suis convaincu que nous saurons inverser la tendance et nous réussirons. Pour ma part j’ai déjà instruit le Ministre de l’Éducation nationale, d’organiser, de manière inclusive, chaque année le Concours national de Mathématiques, Sciences et Technologie de l’élémentaire jusqu’au secondaire. Nous devons rétablir le goût des mathématiques, des sciences et des technologies chez nos enfants. En le faisant, nous nous assurons avec certitude que les questions de souverainetés seront solubles. Je ne saurais terminer sans pour autant féliciter à nouveau l’Académie nationale des Sciences et Techniques du Sénégal pour son engagement constant au service de la Nation. Je partage pleinement sa conviction que la souveraineté alimentaire est tout à la fois une cause nationale, un impératif de stabilité et une exigence de dignité. Je vous remercie de votre attention.