Hommage national au Pr Amadou Mahtar Mbow : le Sénégal salue un siècle de savoir et de dignité.

Communiqués - 28 MONTHS.OCTOBER 2025


Ce mardi, la République du Sénégal a rendu un hommage solennel au Professeur Amadou Mahtar Mbow, en présence du Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, de la famille du défunt, ainsi que de nombreuses personnalités issues des milieux éducatif, diplomatique et culturel.

Résistant de la liberté, bâtisseur de savoir et témoin d’un siècle, Amadou Mahtar Mbow incarna la rigueur de l’esprit, la droiture du service public et la dignité africaine. De ses premières leçons dans les daaras jusqu’à la tribune de l’UNESCO, il fit du savoir un instrument de justice et de libération, rappelant que l’éducation demeure le premier acte de souveraineté.

Son héritage, profondément ancré dans les valeurs de connaissance, de foi et d’humanisme, continuera d’inspirer les politiques publiques du Sénégal, notamment dans la construction d’une école du savoir, de la responsabilité et de la dignité humaine.

En s’inclinant devant la mémoire du Professeur Mbow, la Nation rend hommage à un homme qui a donné au Sénégal l’une de ses plus belles définitions : celle d’un peuple instruit, debout et solidaire.



Retrouvez l'intégralité du discours du Président de la République du Sénégal : 

CICAD, le 28 octobre 2025 -  Seul le prononcé fait foi

Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames, Messieurs les Membres du Gouvernement, 
Monsieur le Directeur de l’UNESCO
Mesdames, Messieurs les représentants des Institutions internationales,
Excellences, Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,
Monsieur le Recteur de l’Université Amadou Makhtar Mbow,
Mesdames, Messieurs membres de la Famille et amis de feu Monsieur Amadou Makhtar MBOW,
Distingués invités, en vos rangs, titres et qualités,
Mesdames, Messieurs

Nous sommes à un moment où la nation rend hommage à l’un de ses plus illustres fils, dont le parcours et l’action irradient notre conscience nationale et en inspire le récit.
Par ma voix, la Nation tout entière, exprime sa profonde gratitude et célèbre la mémoire d’Amadou Mahtar Mbow.
Gravé sur le frontispice d’une Université sénégalaise, le nom d’Amadou Mahtar Mbow est élevé au rang des immortels. Il n’est d’hommage plus symbolique que d’accéder à l’éternité dans le lieu le plus prestigieux du Savoir : l’Université.

En effet, quel autre espace de socialisation et de savoir que l’Université pour favoriser un dialogue constructif entre les civilisations ? La quête de l’égalité culturelle entre les peuples, arlésienne de plusieurs décennies de lutte politique qu’il a menées, est toujours aussi d’actualité. 
Soyez assurés, qu’en tant que dépositaires du pouvoir politique, nous prendrons toute notre part pour consolider les acquis de nos glorieux devanciers dans le combat pour la réhabilitation de l’histoire, de la mémoire, de la dignité des africains, en somme, du panafricanisme.
Mesdames, messieurs, 

Ce qui nous réunit transcende une cérémonie d’hommage dédiée à un homme. Nous nous réunissons pour accomplir, ensemble, un acte de conscience collective, un devoir de mémoire et honorer un rendez-vous de la Nation avec elle-même. 
Nous nous réunissons pour un moment d’histoire où la mémoire devient la matrice d’un avenir commun que l’on doit sans cesse cultiver.
Sous ce rapport, célébrer Amadou Mahtar Mbow, nous permet de penser notre avenir en puisant, dans les vestiges de l’histoire, les vertus qui demeurent encore les défis du continent africain : l’éducation, la culture, l’information et la communication, l’égalité, etc. 

Il s’agit, à travers cette célébration, de magnifier les politiques de reconquête mémorielles initiées depuis le début de mon mandat : qu’il s’agisse de la quête de la vérité historique à la suite du massacre de Thiaroye, le 1er décembre 1944, ou qu’il s’agisse de redonner à nos rues et à nos espaces de vie, les noms de celles ou de ceux dont l’empreinte historique a façonné notre identité.  
Amadou Mahtar Mbow savait que l’intelligence n’a de valeur que lorsqu’elle élève l’homme et sert la collectivité ; que la culture n’a de sens que si elle préserve la dignité de l’être humain et la souveraineté des peuples.
De l’excellence des daara de son enfance, véritables lieux de discipline, à l’école sénégalaise, il a construit les fondements de sa foi, la discipline du savoir et la sagesse des anciens.

Des théâtres d’opérations de la Seconde Guerre mondiale, il a tiré la conviction profonde que la liberté constitue moins un privilège qu’un impératif moral. En présidant aux destinées de l’UNESCO, il a élevé ses fonctions au rang d’un engagement politique, se faisant le porte-étendard des peuples privés de voix et de reconnaissance.
Plus globalement, dans un monde encore marqué par les fractures héritées de la colonisation, il est plus que jamais important d’entendre les voix qui s’élèvent pour dire que l’humanité ne peut progresser qu’en reconnaissant la dignité de toutes les cultures et l’égale valeur de tous les savoirs. 

Plus que jamais, les intellectuels africains doivent faire résonner la voix de l’Afrique dans le tumulte d’un monde fragmenté et en proie à de profondes recompositions et à des mutations, parfois civilisationnelles. 
Plus que jamais, nos sociétés doivent encourager et célébrer les voix de celles et ceux qui, partout dans le continent africain, portent la cause des cultures opprimées, des langues oubliées et des savoirs endogènes non valorisés. 

En vérité, la promotion d’une culture imprégnée de nos réalités socio-anthropologiques, est au cœur de nos politiques publiques. En effet, la Vision Sénégal 2050 promeut un Sénégal maître de son destin, éducateur de ses enfants, créateur de ses savoirs et fier de sa culture.  
Nous pensons fermement, par une approche constructiviste, que l’éducation, loin d’être une dépense, est le viatique de toute prospérité durable. Elle est le soubassement même de la conquête de nos souverainetés. En tant que levier de développement, l’éducation doit participer à la démocratisation des connaissances et réduire les vulnérabilités qui traversent les pays du Sud.
Mesdames, Messieurs,

La journée qui nous réunit aujourd’hui démontre que la culture n’est pas un ornement, mais la sève qui nourrit la Nation, la mémoire qui la guide et la lumière qui la projette vers l’avenir.
Ce 28 Octobre 2025, nous honorons certes un homme, mais nous célébrons aussi un Sénégal qui croit en la puissance du savoir et de la culture, en la force du travail et en la grandeur de toute une Nation. 

Nous célébrons un Sénégal où chaque école, chaque université et chaque daara aspire à être dépositaire de notre identité culturelle afin d’en assurer une fidèle transmission à la postérité. 
Nous célébrons un Sénégal où l’on s’honore du titre de citoyen. Un Sénégal où le numérique et l’intelligence artificielle ne remplacent pas l’humain, mais l’élèvent. Un Sénégal où les technologies de demain servent les valeurs éternelles de notre civilisation que sont la solidarité, la justice, la vérité et la paix.

C’est dans cette trajectoire d’espérance et de continuité que nous avons inscrit la transformation digitale de notre système éducatif, à travers la Stratégie du Numérique pour l’Éducation 2025 - 2029.
Cette stratégie porteuse de sens, traduit une conviction profonde : l’Afrique, dans le passé, berceau de beaucoup de savoirs, doit être, aujourd’hui encore, source de savoirs, qu’elle diffuse dans le monde. L’Afrique doit être créatrice de solutions, de ressources et de croissance endogène. 
Cette ambition souveraine, loin de demeurer une pétition de principe, structure les orientations systémiques de nos politiques publiques, et ce, surtout dans les domaines de l’éducation, de la formation, de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation ; en somme, en matière d’épistémologie des savoirs. 

L’Afrique, comme l’a toujours enseigné Amadou Makhtar MBOW, doit tenir son rang en tant que berceau de l’humanité pour s’arrimer aux mutations scientifiques, numériques et technologiques de nos sociétés.
Cependant, tout progrès scientifique ne saurait exister sans racines. Et ces racines, produits de notre code culturel et social, ce sont nos daaras, nos langues nationales, nos traditions, notre spiritualité ; notre vivre-ensemble en définitive. Nous avons le devoir sacré de préserver nos racines pour mieux les transmettre et de les magnifier pour mieux les transcrire dans la modernité. 

C’est pourquoi, dans notre réforme curriculaire nationale, nous avons placé les daara au cœur des transformations majeures : ils incarnent ce lien vivant entre la sagesse ancestrale et la modernité numérique, entre la mémoire et l’innovation, entre la foi et la connaissance. 
Mesdames, messieurs, 
Au-delà des symboles, cet hommage est un pacte républicain et moral. Un engagement collectif que nous devons à l’histoire et aux générations futures. 

La nation est reconnaissante à la famille d’Amadou Makhtar MBOW, gardienne vigilante de sa mémoire. 
Je félicite également la Fondation Amadou Makhtar Mbow, dont l’engagement constant contribue à faire vivre et rayonner son héritage intellectuel, moral et humaniste. 

Au surplus, je saisis l’occasion de cette cérémonie pour rendre hommage à tous les pères fondateurs de la mémoire nationale et à tous les héritiers de notre grande histoire nationale. 
Comme vous le savez, mon mandat est aussi celui de la reconquête mémorielle, celui du devoir de mémoire et celui de la transmission de notre patrimoine immatériel et identitaire.
Mesdames, messieurs, 

En réalité, la cérémonie d’aujourd’hui s’inscrit dans une dynamique, plus holistique, de réaffirmation de notre souveraineté par la refondation morale et éducative de notre pays. 
Je place ainsi un grand espoir dans la refonte du système éducatif en cours pour faire éclore une école fondée sur l’écologie des liens et des lieux, une école promotrice de mathématiques, de sciences et de technologies, une école productrice d’humanités et avant-garde de la souveraineté nationale. 

C’est tout le sens de l’initiative NITHÉ (Nouvelle Initiative pour une Transformation Humaniste de l’Éducation) que j’ai instruite au Ministre de l’Education nationale de mettre en œuvre. 
Par conséquent, j’exhorte la jeunesse du Sénégal, à faire sienne cette assertion d’Amadou Makhtar MBOW : « Notre destin n’est inscrit dans aucune fatalité ».

Vive le Sénégal souverain, juste et prospère !
Vive le Sénégal uni, solidaire et debout !
Je vous remercie de votre attention.
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