Discours du Président Bassirou Diomaye Faye à la cérémonie de remise des diplômes de la promotion 2024-2026 des magistrats du Centre de formation judiciaire (CFJ).

Discours - 30 MONTHS.JUNE 2026



À l’occasion de la cérémonie de sortie de la promotion 2024-2026 du Centre de Formation judiciaire (CFJ), organisée le mardi 30 juin 2026 à la Salle des Banquets du Palais de la République, le Président de la République, Son Excellence Bassirou Diomaye Faye, a réaffirmé l’importance de l’indépendance de la justice comme fondement de l’État de droit et garantie des libertés.

Devant les nouveaux magistrats, le Chef de l’État a rappelé les exigences d’intégrité, d’impartialité et de responsabilité qui s’attachent à l’exercice de leurs fonctions. Il a également renouvelé l’engagement de l’État à poursuivre la modernisation de la justice afin de la rendre plus accessible, plus efficace et davantage au service des citoyens.




Retrouvez ci-dessous l’intégralité de son discours : 

Palais de la République, le 30 juin 2026 - Seul le prononcé fait foi

• Monsieur le Ministre de la Justice, Garde des     Sceaux ;

• Madame la Présidente du Conseil Constitutionnel ;

• Monsieur le Premier Président de la Cour suprême ;

• Monsieur le Procureur général près ladite Cour ;

• Messieurs les Premiers Présidents de Cour d’Appel ;

• Messieurs les Procureurs généraux près lesdites Cours ;

• Monsieur le Directeur général du Centre de Formation judiciaire ;

• Madame la Marraine de la Promotion 2024-2026 ;

• Chers Invités en vos rangs et qualités ;

• Chers Récipiendaires ;

• Mesdames, Messieurs,

 

Chers magistrats de la promotion 2024-2026, cette cérémonie solennelle consacre le franchissement du seuil décisif. Au terme d’une formation exigeante, vous vous apprêtez à embrasser l’une des charges les plus nobles, mais aussi les plus redoutables que la République confie à ses serviteurs : celle de dire le droit et de rendre la justice au nom du peuple sénégalais.

Le thème retenu pour cette cérémonie, « L'indépendance de la justice, fondement de l'État de droit », n'est pas le fruit du hasard. Il traduit une conviction profonde, un engagement inébranlable et une vision claire que nous portons collectivement pour le Sénégal. En choisissant ce thème, vous avez voulu signifier que votre formation ne s'est pas limitée à un développement de compétences techniques, mais qu’elle s’est forgée au feu d’une éthique et d’une haute idée du service public de la justice.

 

Mesdames, Messieurs,

L'indépendance de la justice n'est pas un privilège octroyé aux magistrats. Elle est, avant tout, une garantie fondamentale accordée aux citoyens. Elle est le bouclier du faible face au fort, du citoyen ordinaire face à la puissance publique, de l’accusé face à l’accusation. Elle est, en somme, la promesse que nul, si haut placé soit-il, n’est au-dessus de la Loi, et que nul, si humble soit-il, n’est en dehors de sa protection.

En effet, notre Constitution, en son article 88, consacre l’indépendance du pouvoir judiciaire.

Cette disposition traduit une volonté politique ferme de faire de la justice une institution souveraine, imperméable aux pressions de quelque nature que ce soit, politique, économique ou sociale.

Quant à l'État de droit, dans sa conception la plus aboutie, il repose sur l'effectivité du contrôle juridictionnel des actes du pouvoir. Cette exigence, les penseurs du droit l’ont formulée bien avant nous. Au 18ème siècle déjà, le juriste Henry de Bracton énonçait la maxime fondatrice de tout État de droit : « Le roi ne doit être soumis à aucun homme, mais à Dieu et à la Loi, car c’est la Loi qui fait le roi ». Sept siècles plus tard, cette parole demeure le cœur battant de notre République : nul pouvoir n’est légitime que sous la Loi, et c’est au juge qu’il revient d’en être le gardien vigilant. Là où les juges sont indépendants, les droits fondamentaux sont effectivement garantis. Là où la justice plie sous les volontés des puissants, la démocratie se vide de sa substance et l'État de droit n’est plus qu’une promesse trahie. C’est pourquoi je réaffirme, avec la plus haute solennité, que l’indépendance de la magistrature constitue un pilier intangible de la République que nous bâtissons ensemble.

 

Mesdames, Messieurs,

Depuis mon accession à la magistrature suprême, la consolidation de l’État de droit et le renforcement de l’indépendance de la justice figurent parmi les priorités de l’action publique. Cette ambition s’est traduite par l’organisation du Dialogue national sur la Justice, cadre inclusif de réflexion qui a permis aux différents acteurs du secteur d’identifier les défis majeurs de notre système judiciaire et de formuler des recommandations pertinentes en vue de sa modernisation.

Les enseignements tirés de ces concertations ont inspiré l’élaboration d’une nouvelle Lettre de Politique Sectorielle de la Justice, articulée autour d’objectifs essentiels à savoir : améliorer l’accès à la justice, renforcer l’efficacité du service public de la justice, moderniser les juridictions et consolider les garanties d’indépendance de la magistrature.

Conscient que la modernisation des procédures judiciaires est un impératif pour réduire les délais, améliorer la transparence et rapprocher la justice des citoyens, nous avons entamé un vaste chantier de digitalisation pour une justice plus moderne, accessible et humaine.

Le numérique n’est pas une fin en soi. Il est l’instrument d’une justice qui se met enfin à la portée de ceux qu’elle sert. Par ailleurs, des efforts significatifs ont été consentis pour améliorer les conditions de travail des magistrats et des personnels judiciaires. Des investissements ont été réalisés, notamment dans les infrastructures numériques pour doter nos juridictions de conditions de travail plus efficace.

En ce sens, les plateformes e-justice et e-service, qui facilitent l’accès des usagers aux actes judiciaires, sont opérationnels. Dans la même dynamique le Guichet unique de l’État permet d’harmoniser le parcours de l’usager au sein d’un service public numérique global. Cette modernisation touche également des services spécifiques tels que la digitalisation du casier judiciaire, la gestion numérique des maisons d’arrêt et de correction et le projet de digitalisation de la justice juvénile.

C’est d’ailleurs dans cette dynamique que j’engage Monsieur le Ministre de la Justice à continuer les chantiers de la modernisation de notre système judiciaire et les réformes pour rapprocher la justice de nos concitoyens.

En vous assurant de toute ma confiance, je tiens à vous rappeler la responsabilité qui est désormais, la vôtre. A cet effet, votre mission sera de veiller à ce que l’indépendance de la justice soit pleinement garantie, l’accès à la justice facilité pour les citoyens et que les conditions de travail de l’ensemble de la famille judiciaire soient constamment améliorées.

Je sais pouvoir compter sur votre engagement pour conduire cette vision d’une justice performante, transparente et digne de la confiance du peuple.

 

A la famille judiciaire

Je tiens à vous exprimer toute la gratitude la Nation. Si notre justice tient debout, si elle demeure ce pilier solide de notre démocratie, c’est grâce à votre dévouement quotidien, souvent exercé dans des conditions exigeantes, loin des regards et de la reconnaissance qu’il mériterait.

Aux chefs de Cours et de Tribunaux, aux magistrats chevronnés qui accueillent aujourd’hui ces jeunes collègues, je vous invite à être des guides et des mentors. Transmettez-leur non seulement la technique du droit, mais aussi cette sagesse, cette réserve et cette jurisprudence de vie qui s’acquièrent avec l’expérience du prétoire.

Aux greffiers, avocats, huissiers et à l’ensemble des auxiliaires de justice, votre synergie avec ces nouveaux magistrats est indispensable. Car la justice est une œuvre collective, où chacun, dans le respect mutuel des attributions de l’autre, concourt à la garde commune de l’État de droit.

C’est cet engagement partagé qui, dans un contexte africain trop souvent marqué par l’instabilité institutionnelle, a permis au Sénégal de se distinguer par la solidité de ses institutions judiciaires, par la continuité de son fonctionnement juridictionnel et par la capacité de ses magistrats à tenir le cap de l’indépendance, alors même que les pressions se faisaient les plus fortes.

Cet engagement collectif mérite d'être célébré, amplifié et transmis aux générations montantes. C'est précisément l'objet de cette cérémonie : passer le flambeau à de nouveaux serviteurs de la justice, porteurs des valeurs et des vertus qui ont fait la grandeur de l'institution.

 

Monsieur le Directeur du Centre de Formation judiciaire (CFJ),

Je tiens à saluer l’excellence du travail accompli. Le Centre de Formation judiciaire (CFJ) est un creuset où se transmettent non seulement le savoir et le savoir-faire judiciaire, mais aussi les valeurs d'éthique, d'impartialité et de dévouement au service de la justice.

Il est, en définitive, l’instrument premier de notre ambition : disposer d’une magistrature de qualité, formée aux meilleures pratiques internationales, sensibilisée aux droits humains et profondément ancrée dans les réalités sociologiques et culturelles de notre société.

C'est pourquoi j'invite instamment Monsieur le Directeur général à maintenir et à intensifier ses efforts en faveur d'une formation d'excellence. Les défis contemporains de la justice, notamment la numérisation des procédures, la diversification et la complexité des contentieux imposent une formation continue, innovante et en adéquation permanente avec les évolutions du droit et de la société. L'État vous accompagnera dans cette mission vitale pour la Nation.

Madame la Marraine,

Je veux, en ce moment particulier, vous rendre un hommage appuyé et sincère. Votre présence parmi nous aujourd'hui, en qualité de Marraine de la Promotion 2024-2026, n’est pas fortuite. Elle est le fruit d’une reconnaissance méritée, le signe éloquent de l’estime et du respect qu’une vie entière vouée à la justice et à l’État de droit vous a justement valus.

Madame Dior Fall SOW, de par votre brillant parcours, comme vient de le rappeler Monsieur le Directeur général du CFJ, vous incarnez ce que la magistrature sénégalaise compte de meilleur : la compétence alliée à l’intégrité, la fermeté de la conviction tempérée par l’humanité du jugement, le courage intellectuel conjugué à l’humilité du serviteur de la Loi.

Cet engagement n'a pas connu de frontières. Sur le continent africain, vous avez porté haut les valeurs de la justice indépendante et de l'État de droit. Vous avez été une ambassadrice remarquable de la magistrature sénégalaise et de ses valeurs sur la scène continentale et internationale.

Votre investissement en faveur des droits des femmes dans le système judiciaire, et pour une justice accessible à tous, sans distinction de genre, d'origine ou de condition sociale, mérite une reconnaissance toute particulière.

Vous avez ouvert des voies, démontré que l’excellence judiciaire n’a pas de genre, et que les femmes ont toute leur place jusqu’aux plus hautes fonctions de la magistrature. À travers cette cérémonie, c’est la Nation tout entière qui vous témoigne sa reconnaissance.

 

Chers magistrats de la Promotion 2024-2026,

Vous vous apprêtez à endosser la toge et à siéger dans les prétoires. Vous allez faire entrer dans la réalité vécue les principes abstraits du droit. Vous déciderez du sort d’hommes et de femmes, de leurs biens, de leur liberté, parfois de leur honneur. Cette responsabilité est immense, et vous devez en mesurer pleinement le poids.

Désormais, vous êtes les garants d’une justice indépendante, socle fondamental de l'État de droit. En conséquence, vous ne devez obéissance qu’à deux maîtres : la Loi et votre conscience.

C’est dans cette dynamique que je vous exhorte, en premier lieu, à garder toujours vivante en vous la flamme de la vocation. Ne laissez jamais la routine éteindre cette flamme.

En second lieu, je vous invite à prendre comme modèles votre Marraine, Madame Dior Fall SOW, et les anciens magistrats qui ont illustré la toge par leur compétence, leur probité et leur courage. Sur des chemins, pourtant parsemés d'embûches, vos ainés ont rendu des décisions courageuses.

Car l’indépendance du juge est un droit pour le justiciable, mais elle est, plus encore, un devoir pour le magistrat - un sacerdoce. Il vous faudra résister à toutes les formes de pression, et vous souvenir que la peur n’a jamais rendu un seul jugement juste.

Je vous invite enfin, à renforcer en permanence votre formation. Le droit évolue, la société se transforme, de nouveaux contentieux émergent.

La formation continue n'est pas un luxe, c'est une exigence professionnelle. Le Centre de Formation judiciaire (CFJ) sera toujours à votre disposition. Je vous encourage à utiliser ses ressources et à participer à ses activités.

Mesdames, Messieurs,

Alors que nous célébrons ce jour le fruit de tant d'années de travail acharné, d'études approfondies et d'une formation d'excellence, je veux clore mon propos en adressant mes chaleureuses félicitations, à chacun d’entre vous, à vos formateurs ainsi qu’à vos familles respectives dont les sacrifices, la patience et le soutien indéfectibles ont rendu ce parcours possible.

Puissiez-vous honorer la magistrature et la Nation par une belle et longue carrière.

Que la rigueur, le courage et l’équité guident chacun de vos pas.

Je vous remercie de votre attention.