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Discours du Président de la République à l'occasion de la remise des Grands Prix du Président de la République pour les Arts et les Lettres

Discours — 19 décembre 2017

Monsieur le Premier Ministre,

Monsieur le Président du Haut Conseil des Collectivités Territoriales,

Monsieur le Ministre de la Culture,

Mesdames, Messieurs les Ministres,

Mesdames, Messieurs les Députés, Hauts conseillers et membres du Conseil économique, social et environnemental,

Mesdames, Messieurs les membres du Corps Diplomatique, partenaires techniques et financiers,

Autorités religieuses, coutumières,

Mesdames, messieurs les élus locaux,

Mesdames, Messieurs

C’est avec un grand plaisir que je procède aujourd’hui, en présence de la communauté des acteurs culturels, à la remise des Grands Prix du Président de la République pour les Arts et les Lettres.

En effet, après une longue absence, J’ai tenu, à rétablir cette distinction qui des années durant, a permis de révéler ou de confirmer de très grands talents de la Culture.

Je saisis, donc, cette opportunité pour saluer les anciens lauréats de ce prix, et m’incliner respectueusement devant la mémoire des acteurs culturels qui nous ont quittés au nombre desquels je voudrais citer feu Oumar Bâ affectueusement appelé Baye Peul, un monument du théâtre, modèle de générosité, de grâce et de talent.

Mesdames, messieurs,

De très grands esprits ont, depuis longtemps, montré l’importance de la culture dans notre société.

Cette dimension de la culture est inscrite dans le préambule de notre Constitution qui réaffirme clairement l’attachement de notre Peuple, souverain, « aux valeurs culturelles fondamentales qui constituent le ciment de notre unité nationale ».

C’est pourquoi, dans le PSE, j’ai considéré que la culture pouvait être un puissant levier pour l’émergence de notre pays.

En effet, ma vision de la Culture est, donc, celle d’un Sénégal dans lequel, les artistes vivent décemment et dignement de leurs talents, participent pleinement à la construction de notre identité nationale, à la consolidation de la cohésion sociale, à l’essor économique de notre pays et à son rayonnement international.

La culture, facteur de création de richesses et d’emplois, rend possible le développement et le stimule.

Dès lors, sans occulter son immense valeur immatérielle, les secteurs créatifs et culturels doivent davantage, contribuer à la formation de notre PIB. 

C’est pourquoi, j’ai tenu à renforcer la place légitime qui revient à la culture, en ma qualité de Premier Protecteur des Arts et des Lettres du Sénégal.

Dans ce cadre, en janvier dernier, j’ai décidé de faire de l’année 2017, année de la Culture.

En prenant une telle décision, j’avais voulu jeter les bases de la refondation de notre politique culturelle, axée sur la mise en relief de la dimension économique de la Culture pour la mettre, désormais, au cœur de nos politiques de développement dans les secteurs de l’éducation, des sciences, de la communication, du développement territorial, de la santé, de l’environnement, du tourisme et de l’économie numérique.

Au demeurant, le Gouvernement devra soutenir le développement du secteur culturel à travers les industries créatives qui peuvent contribuer à l’atténuation de la pauvreté, améliorer la protection sociale et juridique des acteurs culturels.

Il nous faut, également, mieux, organiser le secteur culturel, améliorer son environnement juridique pour le rendre apte à encourager la création et à sécuriser les investissements.

En un mot, Il s’agit de faire du secteur culturel, un facteur de développement durable, conformément aux orientations du Plan Sénégal Emergent.

Avec de telles aspirations, j’ai estimé que le secteur de la Culture méritait, à lui seul, un ministère de plein exercice.

Comme vous le constatez, l’année 2017, année de la Culture était, ainsi, moins une année évènementielle, qu’une année de réflexion et de mise en œuvre d’une nouvelle orientation stratégique.

Pour autant, cette année a été ponctuée d’évènements culturels d’envergure.

Ainsi, il convient de relever pour s’en féliciter de la tenue récente de la Foire internationale du Livre et du Matériel didactique, de l’organisation de la journée internationale de l’écrivain africain, de la relance des Grands Prix du Chef de l’Etat pour les Arts et les Lettres qui nous réunit aujourd’hui et de l’annualisation du Festival national des Arts et de la Culture dont l’édition 2017 démarre, demain, à Louga.

Mesdames, messieurs,

Les artistes sont à la base de toutes les créations que divers exploitants mettent en valeur par leurs apports financiers, leur savoir-faire technique et organisationnel.

Conscient de la place capitale des artistes dans l’industrie culturelle, j’ai mobilisé le Gouvernement afin que toutes les diligences nécessaires soient effectuées pour rendre effective la loi du 25 janvier 2008 sur le droit d’auteur et les droits voisin.

Ainsi, les textes d’application, longtemps en souffrance, ont été adoptés et la SODAV a, ainsi, obtenu son agrément.

Il appartient, maintenant, à cette société de relever le triple défi de la transparence, de l’équité et de l’efficacité.

J’en appelle, donc, à la responsabilité de tous, pour que la SODAV se consolide, se bonifie et se pérennise.

Les mêmes principes doivent présider aux destinées de la Mutuelle Nationale de Santé des Acteurs Culturels.

C’est l’occasion de lancer un appel aux 450 000 artistes potentiellement membres, d’adhérer massivement à cet excellent outil mis à leur disposition pour leur prise en charge médicale.

Cette délicate question de la prise en charge médicale des artistes m’amène à aborder la question du statut de l’artiste et des professionnels de la culture et plus largement de celui des professionnels de la culture.

A ce sujet, je demande au Gouvernement, courant 2018, de rendre disponibles les premiers textes normatifs sur le statut de l’artiste et qui devront traiter, entre autres questions, du statut professionnel de l’artiste, de la carte professionnelle d’artiste, de la sécurité sociale, des relations de travail entre les artistes et leurs employeurs occasionnels ou permanents, de la licence des producteurs de spectacles.

Promouvoir la culture, c’est promouvoir les acteurs culturels, leur assurer un minimum de protection sociale et juridique afin qu’ils puissent vivre, décemment et paisiblement, de leurs métiers.

Promouvoir la culture c’est, aussi, développer une politique de formation aux métiers des arts et de la culture afin d’aider les acteurs de la culture à mieux s’organiser, mais également, à être plus compétitifs, tant sur le marché national que sur le marché africain et international.

C’est pourquoi, mon gouvernement est pleinement engagé à réaliser, dans les meilleurs délais, l’Ecole nationale des Arts et Métiers de la Culture.

Promouvoir la culture c’est, en outre, investir dans le développement des infrastructures.

C’est le sens de la rénovation de ce fleuron historique le Théâtre National Daniel Sorano.

C’est, aussi, le sens de la création du Musée des Civilisations noires dont l’inauguration est prévue en 2018 ; de la construction prochaine de la bibliothèque nationale ; de la mise en œuvre du programme de construction de complexes culturels dans les régions ; de la rénovation et l’équipement de quatre salles de cinéma à Dakar et dans les régions de Kaolack et Ziguinchor.

Promouvoir la culture c’est, également, engager des actions significatives pour le financement du secteur.

Dans notre pays, l’État et, dans une moindre mesure, les collectivités territoriales assurent, principalement, le financement de la culture.

Sous ce rapport, je rappelle que le budget du ministère de la Culture a connu, toutes ces dernières années, des augmentations substantielles et, est, pour l’année 2018, porté à 23 070 792 460 FCFA, compte non tenu des ressources dédiées à la Culture et gérées dans d’autres départements ministériels. 

Je sais que ce n’est pas suffisant.

C’est pourquoi, d’autres sources de financement, en complément des efforts de l’Etat, doivent être trouvées pour mieux mettre en exergue notre potentiel culturel.

A cet effet, les partenariats public-privé peuvent combler le déficit de financement dont souffrent les entités publiques et offrir des possibilités d’investissement intéressantes pour le secteur privé.

Cela nécessite de mettre en place un cadre juridique et institutionnel approprié permettant de renforcer les capacités et d’encourager l’esprit d’entreprise.

Sur ce chapitre, j’estime que le mécénat devrait, également, jouer un rôle important dans le renouveau des industries créatives.

Dès lors, la loi sur le mécénat en cours d’élaboration devrait être rapidement adoptée afin qu’un tel mécanisme puisse contribuer au renforcement des ressources financières dédiées à la Culture.

L’Etat pour sa part s’engage à accompagner les initiatives culturelles et créatives pour le rayonnement de notre culture, facteur de paix et de cohésion sociale.

Pour l’exercice 2018, j’ai tenu à relever le montant du Fonds de Promotion de l’Industrie cinématographique et audiovisuelle (FOPICA) dont la dotation passée à deux (02) milliards de francs CFA.

Dans la même lancée, le budget alloué par l’Etat à la Biennale de l’Art africain contemporain a été doublé pour passer à 500 millions de francs CFA.

De même pour le fonds d’aide à l’édition qui s’est vu renforcé, passant de 250 millions à 500 millions à partir de 2017.

En outre, mon attachement aux nouvelles formes d’expression artistiques et aux nombreux talents qui y évoluent m’ont amené à instituer le fonds de développement des cultures urbaines, doté d’un montant initial de 300 millions.

Je demande au Ministère de la Culture de soutenir, davantage, ces jeunes, notamment dans l’élaboration de projets viables, mais aussi dans leur mise en œuvre.

Je voudrais, enfin rappeler, que pour renforcer les ressources financières de la culture, j’ai fait appliquer, dans le cadre de la construction du Centre international de Conférence Abdou DIOUF, la loi 68-02 du 04 janvier 1968 (communément appelée loi du 1% artistique), relative à la décoration des bâtiments publics ou recevant du public, qui impose à l’Etat d’affecter 1% de la valeur de l’édifice construit, à l’achat d’objets culturels et autres œuvres d’art réalisés par des artistes sénégalais.

C’est l’occasion d’inviter les différents services à se conformer aux dispositions de cette loi dans le cadre de la réalisation des chantiers de l’Etat.

Les Pôles urbains de Diamniadiao et du Lac Rose en construction, constituent, sans nul doute, des champs propices à l’application de cette loi.

Mesdames, messieurs,

C’est avec beaucoup de bonheur que je note, pour m’en féliciter, qu’en plus de notre brillante qualification en Coupe du monde de football, le Sénégal ira, également, en 2017 au « Mondial du Cinéma » avec l’excellent film "Félicité" de M. Alain Gomis, à l’occasion de la 90ème cérémonie des OSCARS du cinéma aux USA dans la catégorie « Meilleur film en langue étrangère ».

Avec le soutien qui sied, ce film qui a déjà remporté l’Etalon d’or de Yenenga du FESPACO et le prix du jury au Festival de Berlin (Berlinale), peut avoir de réelles chances de faire gagner au Sénégal et à l’Afrique, un OSCAR du Cinéma.

Cette distinction, ajoutée à celles reçues par les réalisateurs sénégalais au FESPACO 2017 et d’autres artistes sénégalais comme Youssou NDOUR, lauréat du prix Praemium Imperiale du Japon, démontrent la qualité de la production culturelle du Sénégal.

Mais elles restent, comme on le dit la célèbre et belle métaphore, « l’arbre qui cache la forêt ».

Je connais les difficultés du secteur.

Je n’ignore guère les menaces et je comprends vos angoisses et vos interrogations légitimes.

Je sais que la question du partage de la valeur qui profite aujourd’hui aux géants du numérique est une des grandes questions de notre temps.

Je sais aussi que la question de la contrefaçon communément appelée piraterie, prend aujourd’hui plus d’acuité avec les caractéristiques du numérique : facilité de copie au clone, facilité de dissémination, facilité de consultation, facilité de stockage, facilité de manipulation etc.

Tout cela est aggravé par les offensives d’une idéologie de la gratuité qui veut faire d’internet un monde sans droit, comme si la numérisation changeait la nature des œuvres.

Sur ce sujet, je compte organiser, bientôt, une rencontre de haute importance autour de l’économie numérique.

La culture à l’ère du numérique y aura toute sa place.

Et, ce sera l’occasion de mieux prendre en compte tous ces nouveaux défis et de structurer les réponses adéquates.

Mesdames, messieurs,

Je voudrais consacrer la fin de mon intervention aux heureux lauréats, en saluant leur exceptionnel mérite mis en exergue par des jurys composés d’hommes et de femmes aux compétences reconnues.

Chers lauréats,

Je voudrais vous féliciter, chaleureusement, ainsi que vos familles, pour cette consécration que je considère du reste comme le point de départ d’un nouveau challenge au service de la Culture.

En présence de la communauté des arts et des lettres à laquelle vous appartenez si fièrement et dont vous incarnez l’esprit de créativité, je vous rends un vibrant hommage pour la qualité de vos écrits et la finesse de vos œuvres.

Je voudrais, également, à travers vous, rendre hommage à tous les artistes et hommes de lettres, qui sont des héros au plein sens du terme.

Héros, parce qu’ils révèlent nos cultures en les restituant embellies ;

Héros parce qu’ils mettent le soleil dans nos nuits de tristesse ;

Héros parce qu’ils rêvent pour les autres et nous annoncent le monde de demain, un monde d’espérance ;

Héros parce qu’ils font rayonner notre pays dans les contrées les plus lointaines.

Mesdames, messieurs les artistes, vous êtes, assurément, les plus grands ambassadeurs de notre culture !

Avant de conclure, je voudrais adresser mes vives félicitations au comité d’organisation, au ministre de la Culture Abdou Latif Coulibaly et à toutes les bonnes volontés qui se sont investies avec une remarquable abnégation.

Depuis la décision de relancer les Grands Prix, un travail acharné a été mené par des femmes et des hommes dévoués à la cause de la culture.

Permettez-moi, à cet égard, de féliciter et remercier très chaleureusement les membres des jurys, pour le travail minutieux de sélection, des nominés et des lauréats.

J’associe à ces remerciements les partenaires, la Fondation SONATEL et l’Organisation Internationale de la Francophonie en particulier.

Comme d’autres Institutions, je souhaite que la grande famille de la Culture puisse avoir, chaque année, un moment solennel pour communier avec la Nation à une date qui sera inscrite dans l’agenda de la République.

Je voudrais, à cet effet, proposer que la remise des Grands Prix du Président de la République coïncide dorénavant avec la Rentrée solennelle des Arts et des Lettres, destinée à lancer officiellement les activités culturelles de l’année.

Sur cette question, je demeure ouvert à la concertation avec la communauté littéraire et artistique que je sais dotée du sens citoyen et d’esprit constructif.

Je vous remercie de votre attention.