Discours de son Excellence monsieur le Président Macky Sall à la réunion du conseil de sécurité des nations unies en formule arria sur le thème « eau, paix et sécurité »

Le 22 avril 2016

Mesdames, Messieurs, les Représentants des pays membres du Conseil de Sécurité,

Chers invités,

Le Sénégal a proposé cette réunion en formule Arria, dans le cadre de son mandat au Conseil de Sécurité, pour contribuer à la prise de conscience sur la situation des ressources en eau dans le monde et des risques de conflits qui pourraient en résulter.

Et j’ai tenu à y participer personnellement pour marquer l’importance que notre pays attache à la question.

Je vous remercie tous d’avoir honoré cette rencontre de votre présence, à commencer par nos panélistes, pour la clarté et la pertinence de leurs communications.

Avec 2% du volume total de l’eau sur la terre, l’eau douce représente une ressource stratégique inégalement répartie entre les 7,35 milliards d’habitants de la planète.

Des millions de personnes à travers le monde n’ont pas accès à l’eau, et 80% des maladies contemporaines sont d’origine hydrique.

Tout laisse croire que les ressources en eau douce resteront un enjeu considérable au sein et entre les nations en raison de l’accroissement démographique, de  l’urbanisation galopante et des pressions multiples pour les besoins de l’agriculture et de l’industrie. Les projections statistiques montrent que les prélèvements sur la ressource augmenteront de 50% d’ici à 2050.

L’eau est source de vie et de bien-être lorsque son usage fait appel à l’esprit de coopération et de partage.

Mais sans la sagesse que requiert la concertation, elle peut être une cause potentielle de conflit, voire une arme de guerre. Selon un vieil adage africain, «Le poisson a confiance en l'eau et pourtant, c'est dans l'eau qu'il est cuisiné».

Nous pouvons éviter ce destin aux générations actuelles et futures par une approche préventive de la gestion des ressources en eau conformément au droit international.

Défis économiques et sociaux, défis sécuritaires et de coexistence pacifique autour d’une ressource de plus en plus rare face à des besoins sans cesse croissants : voilà ce qui fonde la pertinence du débat sur l’eau au 21e siècle.

Ce débat interpelle tout naturellement  le Conseil de Sécurité, responsable au premier chef du mécanisme de sécurité collective des Nations Unies.

Il interpelle aussi la conscience universelle, parce que nous sommes tous concernés.

En posant le débat ici, selon la formule Arria, le Sénégal a souhaité associer le plus grand nombre de parties prenantes dans toutes leurs diversités, pour replacer la problématique de l’eau au centre de nos priorités. Pour une question d’intérêt commun qui appelle des solutions concertées, chacun, assurément, a son mot à dire.

En posant le problème, nous souhaitons baliser le chemin d’une approche holistique, pour une « prophylaxie des tensions » autour de l’eau par la concertation et la coopération. 

Si gouverner c’est prévoir, il serait dommageable pour la paix mondiale que les décideurs laissent une question aussi sensible et potentiellement conflictuelle entre les mains des seuls techniciens.

De plus, dans une vision de relations internationales apaisées au 21e siècle, l’usage de l’eau ne peut être réduit à sa seule dimension socio-économique, à l’exclusion de ses enjeux politico-sécuritaires et environnementaux. L’Accord de Paris que nous sommes venus signer nous le rappelle opportunément.

Les défis sont certes immenses ; de même que les raisons d’être inquiet.

Mais, les raisons d’espérer le sont tout autant ; car, -et c’est une bonne nouvelle- nous n’avançons pas en terrain inconnu dans la gestion concertée des ressources hydriques.

Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale,  deux cents traités portant sur une soixantaine de cours d’eaux internationaux ont en effet été conclus. Ce sont là autant d’indicateurs de la volonté des Etats d’exploiter les ressources en eau dans un esprit de partage et de coexistence pacifique.

C’est le cas de l’Organisation pour la mise en valeur du Fleuve Sénégal qui regroupe, outre le Sénégal, la Guinée, la Mauritanie et le Mali.

L’OMVS dont l’historique remonte à 1934, avec la Mission d’Aménagement du Fleuve Sénégal, est un exemple réussi de partage de la ressource en eau à des fins agricoles et énergétiques.

Le Haut-commissaire de l’Organisation vient d’en faire une excellente démonstration. 

C’est aussi le cas de l’Organisation pour la Mise en Valeur du Fleuve Gambie, qui réunit la Gambie, la Guinée, la Guinée Bissau et le Sénégal.

Il reste que malgré l’existence de plusieurs cadres de coopération autour des bassins hydrauliques, nombre de situations demeurent encore sans encadrement juridique formel. En atteste l’absence d’instrument de concertation pour 105 cours d’eau sur plus de 270 fleuves et lacs transfrontaliers dans le monde.

Il y a donc des efforts considérables à mener pour un partage d’expérience sur les meilleures pratiques dans le sens d’une généralisation des Accords existants.

En tant que dépositaire privilégié des traités internationaux, l’Organisation des Nations Unies et son réseau institutionnel à travers le monde peuvent aider à l’émergence d’une conscience et d’une pratique universelles fondées sur l’hydro-diplomatie au service de la paix et de la sécurité internationales.

C’est toute la finalité de l’initiative sénégalaise.

Je vous remercie de votre aimable attention.

Macky Sall
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